« Bien faire et laisser braire »

Je sais pas pourquoi, mais à chaque période de vacances, y’a des gens qui écrivent des trucs qui m’énervent. Et à chaque fois, j’ai envie de leur répondre. Le problème c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux (il doit y avoir un élevage caché quelque part, entre le triangle des Bermudes et le pays des Illuminatis). Je ne parle pas de tous ces pauvres gens qui croient dans des théories de bastringue et qui essaient de nous en persuader. Non ceux là, ils ne sont finalement pas trop dangereux parce qu’on les voit arriver de loin. Ils ont leurs sites, leurs chaînes Youtube, leurs réseaux… Ceux là, je finirais presque par les trouver rassurants. Non, je parle de tous ceux qui ont la faveur des médias, ceux qui font vendre. Publier certains noms, aborder certains thèmes c’est s’assurer des milliers de visite de la page (et d’anciennes pages sur le même sujet) et ça vous garantit des flots, que dis-je, des raz-de-marée de commentaires de haine ou de louanges. Et ça coco, ça fait des recettes publicitaires. Et puis en prime, tu peux même publier un article qui dit « blanc » un jour et un autre qui dit « noir » le lendemain, ça multiplie les vues de la page et donc les recette publicitaires et c’est tout bénef’.
La morale ? Quelle morale ?

Il ne vous aura pas échappé que j’exerce la noble profession d’enseignante d’histoire géographie et qu’à ce titre, je suis particulièrement bien placée sur l’échelle de Raymond (une célèbre marque d’appeaux) pour lire et entendre des conneries. Ajoutez à cela que je suis une femme, syndiquée, athée, cycliste et même parfois formatrice pour mes collègues et vous aurez une bonne mesure de la quantité pharaonique de trucs à hurler que je croise en une journée de vacances. Je vous jure, des fois, je préférerais croire à l’existence des Reptiliens.

Quand on lit des trucs idiots qui vous énervent, la première et fort naturelle envie qui vous vient (celle qui vient juste après que vous ayez réussi à refréner l’incroyable besoin de jeter votre journal / radio / ordinateur / smartphone par la première fenêtre venue) est de répondre.
Je vous comprends. Je l’ai fait souvent. Je ne le fais plus. Non seulement pour la raison évoquée plus haut, ni même seulement en vertu du bon vieil adage qui nous enjoint de ne pas nourrir les trolls mais aussi parce que je n’ai pas le temps. C’est mon camarade Philippe* qui le dit parfaitement : « Bien faire et laisser braire. »

La meilleure réponse que j’aie trouvée à toutes les horreurs que je lis, c’est de travailler pour mes élèves. Non seulement c’est vraiment utile, mais c’est vraiment passionnant.Alors, juste pour me détendre un peu je vous propose un petit florilège des conneries auxquelles je ne répondrai pas. Je me contenterai de traduire ce que signifient vraiment ces propos et de vous conseiller un petit antidote pour que vous ne risquiez pas la contagion.

(Ne me demandez pas les sources de ces écrits : ils ont tous moins d’une semaine et je vous jure sur la tête du Général Pixel que je ne n’invente ni ne modifie rien mais je ne vais quand même pas leur faire de la publicité.)

L’idéologie libérale-libertaire des pédagogistes entre en convergence avec l’austérité mise en musique par les hauts-fonctionnaires: il n’y a pas besoin de plus d’adultes, mais il faut des élèves plus acteurs (…) En pédagogie, cela donne la classe inversée. Les élèves apprennent les leçons à la maison, et font des exercices en classe: cette ubérisation de la scolarité est présentée comme innovante.

Traduisons-les : J’utilise des éléments de langage qui plaisent aux populistes et je parle de quelque chose que je ne connais pas (et je suis nul en règle de typographie usuelle).
Antidote : Visitez le site de l’association « Inversons la classe ! »

Certes, l’Histoire n’est pas une science, mais c’est un art délicat qui exige une méthodologie scientifique. […] il faut bien convenir que la vision véhiculée aujourd’hui par nombre d’enseignants est non seulement biaisée, mais également tronquée. Pour beaucoup d’entre eux, la nation française naît en 1789. Auparavant, tout ne serait qu’obscurité et oppression. À cet égard, il est dommageable que les nouveaux programmes scolaires insistent à l’excès sur l’époque contemporaine, et particulièrement sur les épisodes les plus sombres de la Seconde guerre mondiale.

Traduisons-les : les sciences humaines ne sont pas des sciences et les profs d’histoire sont tous des crypto-marxistes.
Antidote : Écouter parler des historiens comme Arlette Farge (par exemple ici), Michelle Perrot (par exemple là) ou Christian Ingrao (qui explique très bien les choses là)

Professeur de mathématiques, de philosophie, d’anglais etc., voilà des titres sérieux. Professeur de sciences de l’éducation ? Du néant. « (… )L’usine à gaz de la « formation continue », ce terreau du pédagogisme et de ses variantes délétères, doit être totalement détruite et repensée.

Traduisons-les : je fais partie d’une aristocratie intellectuelle et je défend mon pré carré.
Antidote : Écouter une conférence de Laurent Lescouarch (qui explique très bien des choses importantes là)

Bonne fin de vacances !

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